De bons conseils pour la planète – épisode 2

Dans cet épisode le regard de Nans ou comment avoir un impact social et environnemental positif en tant que Designer.

Nous continuons notre série avec le regard de Nans, designer d’expériences chez Suricats. En 8 questions, il nous dévoile les origines de son engagement et la manière dont son métier lui permet d’agir positivement pour le bien commun. Au-delà des impacts environnementaux du numérique, Nans nous explique comment (et surtout ?) ce sont notre bien-être et notre équilibre personnels qui sont en première ligne … avec des pistes de solutions pour y remédier.  Un regard bienveillant, humaniste et optimiste !

L'Interview

Consulting à impact positif : le regard de Nans, designer d'expériences chez Suricats.

Interview menée par Malcolm, partner chez Suricats Consulting.

Quand as-tu pris conscience de l’impact du numérique sur la planète et ses habitants ?

C’est au travers de Tristan Harris un ancien designer de Google, qui a beaucoup pris la parole pour dénoncer les dérives des GAFAM (acronyme pour Google Apple Facebook Amazon Microsoft, ndlr) dans leur pratique de conception d’applications visant à inciter les utilisateurs à passer toujours plus de temps sur leurs écrans. C’est ce qu’on appelle aussi les dark patterns ou toutes ces manières d’influencer, voire de manipuler les comportements.

Par exemple, avant sur Facebook ou Instagram tu pouvais faire défiler à l’infini ton écran pour avoir les dernières nouvelles sur ton fil d’actualités. Dans les faits, tu étais amené à être exposé à des choses que tu avais déjà vues ou lues, sans même t’en apercevoir. Grâce à la sonnette d’alarme tirée par des personnes telles que Harris, ils ont été obligés de supprimer cette logique et ajouter un avertissement qui indique que tu es à jour de tes nouveautés.

On pense souvent aux impacts environnementaux du numérique. Mais l’impact est aussi sur le bien-être individuel.

Comment cela se traduit-il dans ton engagement et tes actions au quotidien ?

Comme Tristan Harris, je suis devenu un praticien du « time well spent » en maîtrisant mon temps passé sur les écrans. Sur le volet environnemental, j’ai dû travailler sur mon attirance pour les gadgets numériques de type bracelets connectés ou autres. Avant je pouvais en acheter jusqu’à une demi-douzaine par an. Je me limite maintenant à un seul. Et j’essaye aussi de conserver mes objets numériques le plus longtemps possible. Sinon je les donne ou je les démonte pour voir comment ils fonctionnent. Ou j’essaye de réutiliser les composants pour en réparer d’autres…

Chez Suricats tu as été le chef d’orchestre de notre projet interne de labellisation B Corp, peux-tu nous expliquer de quoi il s’agit ?

B Corp est un label qui évalue et certifie les entreprises qui intègrent dans leurs pratiques (mission, produits et services, effectifs…) des objectifs sociaux et environnementaux. On a testé le modèle en 2019 avec un petit groupe d’éclaireurs. Nous cherchions un label pour nous mettre dans un cadre, mais aussi pour concrétiser notre engagement.

C’est ainsi qu’en 2020 nous avons suivi ce cadre pour nous évaluer dans nos pratiques et bâtir des plans d’actions pour nous améliorer en vue de la certification. La quasi-totalité des collaborateurs s’est impliquée dans un ou plusieurs des groupes de travail qui se sont ainsi constitués : réduction des gaz à effet de serre, inclusion, conseil et recommandations à impact positif, égalité des sexes…

Quel impact cela a-t-il eu sur la tribu des Suricats ? 

Je pense que cela a eu un très fort impact sur nos réflexes au quotidien. Parfois on se prenait à se poser la question « C’est B Corp ou pas ? » avant de prendre une décision ou d’agir !

Chacun veut maintenant tendre vers du mieux. On s’est tous mis en action. Au début, c’était principalement sur des sujets liés à l’interne de l’entreprise et moins chez les clients, ce qui a pu créer de la frustration. Mais cela a fini par se concrétiser, comme pour le travail sur l’agilité engagée mené par ma collègue Clémence (autre regard croisé à venir ndlr). Nos travaux pour devenir « entreprise à mission » devraient conduire au prochain changement des statuts de Suricats. Ça aussi c’est un signe fort qui devrait accélérer notre changement.

Et pour toi personnellement dans ton travail au quotidien : comment a-t-on un impact positif en tant que designer ?

C’est d’abord dans ma posture lors des travaux de conception de dispositifs numériques. Je suis là pour aider nos clients à faire des choix plus éclairés en les alimentant avec des bonnes pratiques ou les bons critères de choix. En tant que designer je connais les dark patterns, donc j’explique et j’oriente.

En tant que designer je peux aussi agir sur la limitation des impacts en termes de consommation énergétique et d’émission de gaz à effet de serre. Au stade de la génération et de la sélection d’idées tout d’abord, en orientant si possible vers des produits ou services intrinsèquement vertueux : par exemple, aider une chaîne de supermarchés à trouver des solutions pour accélérer sur le vrac (produits alimentaires vendus sans emballage, ndlr).

Mais même sur des projets moins « verts », comme designer tu peux toujours anticiper les impacts et aider les clients à formuler plus positivement leur problématique. Dans les phases de brainstorming et de recherche de solutions, le designer est aussi là pour interroger les pratiques, orienter et aider à faire de meilleurs choix pour la planète.

En tant que designer je vais souvent inciter à des approches plus frugales, en questionnant l’utilité de certaines fonctionnalités. On pense toujours que « plus » c’est « mieux ». Et bien non, les anglo-saxons disent d’ailleurs less is more. C’est le pendant de la règle des 3 « U ». Pour être Utilisé, un service numérique doit être Utilisable, mais surtout Utile !

C’est mon travail de challenger l’utilité pour élaguer, simplifier et au final être plus vertueux.

Pourrais-tu me donner un exemple concret sur un projet mené pour un de nos clients ?

Bien sûr. Je peux te parler d’un de mes derniers projets dans l’assurance vie. Par nature, ce type de produit financier est compliqué et mal expliqué. L’enjeu pour moi en tant que designer était d’amener plus de pédagogie autour de la fiscalité de ces placements. Pour expliquer rapidement, sur ce type de placements financiers, lorsque tu décides de les vendre et que tu as fait des plus-values, alors tu dois choisir d’être imposé sur le revenu ou de choisir une flat tax (taux unique d’imposition, quel que soit le montant des placements cédés, ndlr).

Dans notre cas, plutôt que de laisser le client choisir entre les deux alternatives sans bien en comprendre les conséquences, nous avons opté pour une approche non ambigüe et transparente en affichant des estimations en euros de l’impôt à payer. Ainsi, c’est clair et précis !

Pour l’utilisateur c’est du temps gagné, de l’hésitation en moins et un choix plus satisfaisant et éclairé à la sortie. Là on joue réellement sur du bien-être dans un moment engageant et potentiellement stressant.

Un autre exemple, un résultat dont tu serais particulièrement fier ?

Dans le cadre de cours de design que je donne à des étudiants d’école de commerce, nous avons passé plusieurs heures sur le sujet de l’impact environnemental du numérique pour bien en comprendre la source et comment nous pouvons agir, avec l’éco-conception par exemple. Ce n’était nulle part dans leur programme alors j’en ai profité pour faire une séance dédiée avec mise en application sur les activités de design.

On est passé de concepts flous et de buzz words autour de l’environnement à une vraie compréhension des enjeux et à des actions concrètes !

Pour finir, aurais-tu un dernier mot à nous partager ?

Je pense que le monde des designers est à une charnière. Il n’y a pas si longtemps, le designer voulait faire de l’esthétique et du fonctionnel. Maintenant ça ne leur suffit plus. Les meilleurs designers choisissent avec beaucoup plus d’attention leur prochain job ou leur nouvelle mission. Il leur faut du sens et de l’impact. C’est un mouvement de fond et c’est assez déterminant : de quoi rester optimiste !

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