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Conférence de Timothee Parrique sur l’économie de la décroissance

Le replay vidéo de la conférence sur la décroissance de Timothée Parrique, le jour de la parution de son livre "Ralentir ou périr. L'économie de la décroissance".

Le 16 septembre dernier, nous avons eu le plaisir d’accueillir dans nos locaux Timothée Parrique, économiste et chercheur à l’université de Lund en Suède.

Heureux hasard, c’est ce même jour que sortait le livre de Timothée en librairie : « Ralentir ou Périr. L’économie de la décroissance. »

Pendant près de trois heures, nous avons découvert un conférencier mêlant science dure (pour la confiance sur la robustesse du bonhomme) et exemples concrets pour l’inspiration et la mise en mouvement par le récit. Sans oublier l’humour pour l’envie d’écouter et d’y aller … Cocktail gagnant !

La décroissance : un sujet d'économie "plus que sérieux"

Commençons par l’humour.

Timothée Parrique a commencé par nous faire un rapide tour d’horizon de ses études universitaires. La décroissance a été le fil rouge de celle-ci, et ses publications universitaires sont là pour l’illustrer (voyez la photo où Timothée présente sa thèse « Political Economy of Degrowth »).

Il a partagé avec humour la manière dont son entourage académique n’a cessé de lui enjoindre de continuer d’approfondir les sujets d’économie « classiques » … comme si le sujet de la décroissance était une sorte de dada « pas tout à fait sérieux » !

La réponse de Timothée Parrique ?

« Plus je creusais les théories économiques classiques et plus je perdais ma capacité à y voir clair. »

Il a donc continué à tirer la pelote de la décroissance !

these political economy of degrowth parrique
Timothée Parrique présentant la couverture de sa thèse
"Political Economy of Dégrowth"

L’impossible découplage de la croissance économique et de ses impacts environnementaux, le mythe de la croissance verte

Timothée Parrique est revenu longuement sur la définition de la croissance. Et un constat : croissance du PIB et dégradation de l’environnement ont longtemps (et le sont malheureusement encore) étroitement liés (couplés).

Il faudrait donc réussir à trouver les leviers qui permettraient un découplage entre croissance et dégradation des paramètres environnementaux.

Timothée Parrique parle d’ailleurs de « pression environnementale » qui se fait sur deux axes : l’épuisement des ressources naturelles d’un côté et les impacts sur l’environnement de l’autre (dont bien entendu, l’émission de gaz à effet de serre, mais aussi la biodiversité ou la pollution de l’eau, par exemple).

Déouplage entre croissance et pressions environnementales

Le découplage serait donc la clé. Car « Si on arrive à verdir la croissance, ça ne sert à rien de décroître ! ». C’est l’argument principal des défenseurs de la croissance verte.

Mais la littérature et les chiffres sur le découplage sont unanimes : aucune étude ne confirme les espoirs investis dans cette notion de croissance verte. Car, parmi les rares cas de découplages observés, on remarque qu’ils sont :

  • Relatifs : la charge écologique augmente moins vite que le PIB, mais continue d’augmenter
  • Partiels : le découplage ne se fait pas sur toutes les pressions environnementales (#carbomania) et le découplage d’une pression se fait au prix du recouplage d’une autre
  • Locaux : là où la réponse devrait être à l’échelle de la planète
  • Temporaires : on observe in fine un recouplage dans le temps
  • Insuffisants : les ordres de grandeurs sont minimes vs les réductions nécessaires
  • Trop lents : la vitesse de réduction des pressions est insuffisante – ne serait-ce que pour tenir la trajectoire des Accords de Paris (si on ne regarde que le carbone)

Pour être une réponse crédible, le découplage devrait donc être : absolu, total, global, permanent, suffisant et suffisamment rapide. Aucun cas n’a jamais été observé et il serait hasardeux de penser que cela pourrait se produire dans le futur.

Définition du concept de décroissance

Timothée Parrique est ensuite allé un cran plus loin dans les définitions. Fini l’humour, passons aux choses sérieuses !

« Je crois qu’il faut prendre soin de bien définir les choses, au risque de faire de l’économie façon café du commerce ! » 

La définition de la décroissance qu’il propose se veut modulaire, découpée en cinq parties, chacune apportant un sens spécifique à l’ensemble. Vous pouvez la retrouver dans l’incrustation ci-après.

decroissance vs post croissance timothee parrique
Définition de la décroissance de Timothée Parrique

Si l’on s’arrête à la première partie de la  définition « une réduction de la production et de la consommation » on confond alors décroissance et récession. Et c’est là que l’on risque de « passer à côté » en ne s’attardant que sur le côté négatif.

Ce que la décroissance a de spécial c’est qu’on y rajoute quatre objectifs positifs : soutenabilité, démocratie, justice et bien-être.

Sur la soutenabilité, le travail devra porter sur la réduction de l’empreinte écologique dans les secteurs de production de biens et services les plus émissifs. Ce travail doit être mené en priorité sur les pays les plus contributeurs à ces émissions, à savoir « nous », les pays développés qui sommes en fort dépassement sur ce volet.

L'économie doit servir à maximiser le bien-être, pas le PIB

Le quatrième objectif mérite aussi que l’on s’y attarde : il s’agit du souci de « bien-être ».

« Si l’économie ne nous permet pas de maximiser notre bien-être, tout en économisant nos ressources, c’est qu’on a un problème ! » dit-il.

Sur le sujet du bien-être, Timothée Parrique nous rappelle qu’il s’agit en priorité du bien-être des personnes « qui en ont besoin ». Pour cela, petit détour sur le paradoxe d’Easterlin : « une hausse du PIB d’un pays n’entraîne pas nécessairement une hausse du niveau de bien-être ressenti par les individus ».

conference timothee parrique ralentir ou perir

Des études plus récentes l’ont montré, notamment en France où l’on constate qu’au-delà d’un seuil de revenu d’environ 2000 €, le taux de bien-être stagne. Et c’est là qu’on arrive à la décorrellation de la croissance et du bien-être, car si la croissance bénéficie principalement aux plus riches, ça ne contribue pas à augmenter le bien-être de ceux qui en ont besoin (i.e. ceux qui ont moins de 2000€ de revenus par mois).

Exemple pratique « pour avancer » : le prix des loyers à Paris qui ont atteint des sommets ces dernières années. Timothée Parrique prend l’exemple de la ville de Vienne en Autriche où un système a été mis en place pour limiter la lucrativité du parc immobilier. 60% de ce parc est constitué par du logement social et le reste est géré par des associations à but non lucratif. Les loyers à Vienne sont ainsi les moins chers des villes européennes. De surcroît, la qualité des logements est meilleure car tous les surplus dégagés sont réinvestis dans la rénovation thermique et l’entretien des bâtiments.

Peu de "bons élèves" au pays d'une croissance qui maîtrise son empreinte écologique tout en assurant le bien-être collectif ...

Timothée Parrique a ensuite enchaîné sur une revue de situation de différents pays en utilisant le modèle du « Doughnut » de l’économiste Kate Raworth. Pour rappel, ce modèle reprend la forme du « doughnut à l’américaine » dont l’extérieur représente les limites environnementales (là où le doughnut a tendance à grossir, signe de notre penchant à l’obésité écologique), et l’intérieur, les limites sociales (là où l’on trouve le « vide » du doughnut, là où malheureusement de nombreux pays montrent leurs lacunes en matière de progrès social).

On commence par la France, où Timothée Parrique nous rappelle que côté « social » on s’en tire bien, mais que c’est du côté environnemental que nous devons travailler en priorité.

Puis on enchaîne sur une vision multi-pays,  au travers d’une matrice graphique qui place les pays sur deux axes :

  • En horizontal, le niveau de dépassement écologique du pays;
  • En vertical, le niveau de performance sociale du pays.

Vous l’aurez compris, la position idéale ou le « sweet spot » se trouvant en haut à gauche de la matrice.

Performance sociale vs empreinte écologique - Timothee Parrique
Timothée Parrique commente une matrice positionnant les pays en fonction de
leur dépassement des limites écologiques et de leurs atteintes en matière de progrès social

Côté « sweet spot » il n’y a guère que le Costa Rica qui y est presque, en réussissant à se développer « verticalement », c’est-à-dire à améliorer sa performance sociale chaque année sans augmenter son empreinte écologique ! Des études plus approfondies sont en cours pour comprendre pourquoi et comment s’en inspirer …

Pour les autres pays, force est de constater que le progrès social emmène inexorablement les pays vers … la droite du graphique. Le bien-être social se bâtit sur une inévitable dégradation écologique dans la quasi-totalité des cas.

Les enjeux de la décroissance ne sont donc pas les mêmes pour tous les pays. Pour les pays plus pauvres, l’enjeu est de continuer à améliorer certains minima sociaux (l’intérieur du doughnut), sans passer dans le rouge sur l’empreinte écologique (l’extérieur du doughnut).

Le sujet est à la fois complexe et passionnant, et nous sommes convaincus que le débat sur la décroissance a encore de beaux jours devant lui …

Pour aller plus loin

Le replay de l'intervention de T. Parrique

L'infographie résumé de la conférence de T. Parrique
L'infographie résumé de la conférence,
réalisée par Clémence de Suricats

Un grand merci de toute l'équipe Suricats à Timothée Parrique !

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