Meetup des confinés #3

L’après Covid : Quel futur souhaitable?

« Et si la consommation frugale devenait la norme? »
un récit inspiré du Design Fiction

Lu par Margaux Delestre lors du meetup en ligne du 19 mai 2020

En mai dernier, nous organisions notre Meetup des confinés #3 sur le thème de : « Après la bascule en télétravail, comment préparer l’après Covid-19 ? »

Avec la crise du Covid-19, autour de moi, qu’est-ce qui a disparu et que je ne veux pas revoir? Qu’est-ce qui est apparu et que je veux garder? Que va-t-on mettre en œuvre dans nos organisations, dans nos sociétés?

Ce sont les thématiques que nous avons abordées avec nos participants lors de notre dernier Meetup des confinés du 19 mai dernier.

Au travers du Design Fiction, nous avons, par ailleurs, invité nos participants à se projeter sur ce à quoi pourrait ressembler le monde dans 5 à 10 ans après la crise Covid. En racontant aux participants deux histoires courtes, nous avons ainsi pu créer et alimenter le débat.

Nous vous proposons de découvrir ou re découvrir les deux histoires que nous avions racontées lors de ce Meetup.

Dans cette première histoire, Margaux, Designer chez Suricats Consulting, imagine un monde où la consommation frugale est devenue la norme.

Installez-vous confortablement, lancez une petite musique d’ambiance et laissez-vous guider par vos ressentis!

« LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ »

10 juillet 2030 – journée nationale de commémoration des morts du Covid 19

10 juillet 2030, jour férié depuis maintenant 10 ans, jour de commémoration des morts de l’épidémie de Covid 19, jour de fête aussi pour les français, jour de rassemblement, de partage. Le pays se met à l’arrêt, les rues sont pleines à craquer, chacun s’échange des petites choses comme cela a été le cas pendant la période de confinement qu’a vécu le pays 10 ans en arrière.

10 ans déjà, 10 ans à peine et pourtant tant de choses ont changé…

La prise de conscience s’est faite à une vitesse incroyable, révélant chez nous, Êtres Humains, une résilience que l’on ne soupçonnait pas. Les débuts ont pourtant été violents : les confinements à répétition de 2020 à 2021 ont déclenché des faillites en cascade et un chômage à plus de 30%. L’État providence au bord de la faillite a dû réduire fortement les indemnisations, préférant réserver les fonds publics à la santé, l’éducation, et le maintien des infrastructures prioritaires. Il a ainsi décidé de ré-internaliser l’ensemble des entreprises produisant produits et services considérés comme essentiels à la nation, une façon de s’affranchir, à la fois, du marché chinois et de relancer l’emploi.

La troisième usine Francisanté que j’ai inaugurée la semaine dernière, fait partie des investissements faits à cette époque avec des deniers publics. Grâce à elle, la France et une partie de l’Europe ne sont plus dépendantes de l’Asie pour la production de matériel hospitalier. Consommateurs et industriels, peuvent encore commander des produits provenant de Chine ou d’ailleurs, mais les importations étant maintenant taxées au kilomètre parcouru, autant vous dire que plus personne n’achète des runnings Nike, produits en Chine à 500€ la paire.

Chômage, baisse du pouvoir d’achat, prise de conscience générale des atteintes à l’environnement, ont entraîné une forte décroissance. Le marché du travail s’effondrant, l’Europe a pris une mesure forte, avec le passage de chaque travailleur au 4/5ème, incluant une baisse des salaires de la même proportion, seul moyen pour le continent de palier à la décroissance liées aux changements des flux économiques mondiaux. Et c’est dans ce contexte que les gens ont adopté une nouvelle façon de vivre, plus frugale, plus raisonnée et plus en adéquation avec l’environnement.

De nouveaux comportements sont apparus : on fait plus de choses soi-même, on ré-utilise à plusieurs reprises, on donne une seconde vie aux objets … Appareils et vêtements sont utilisés jusqu’à ce que l’on ne puisse plus rien en faire. C’est simple, mon placard aujourd’hui ne ressemble plus à celui d’il y a 10 ans, je porte d’ailleurs un jean rapiécé, et personne ne m’en tient rigueur, c’est devenu normal, et au contraire c’est même apprécié et encouragé.

Les jeunes aussi ont changé la donne : avant, la reconnaissance sociale passait par une belle maison, un haut salaire, un bon métier, des voyages au bout du monde et des vacances au ski. Aujourd’hui, ma fille ne réfléchit plus de cette manière : elle cherche en permanence à démontrer qu’elle s’implique pour le bien commun, qu’elle veille à la pérennité de la planète, et surtout elle est attentive à son équilibre personnel.

Des changements comportementaux que l’Etat a entendu, avec la création en 2022, d’un ministère de l’économie circulaire, émanation de celui créé au niveau européen et dirigé par Greta Thunberg. Un vrai tournant pour les entreprises qui ont été forcées de revoir leur copie et de repenser leur modèle économique sur des principes d’impacts positifs sur le bien commun au plan environnemental et sociétal. Fini le marketing sans limite, place à l’éco-conception, au biomimétisme et à la prise en compte des externalités.

Ce nouveau ministère, soutenu par l’Etat, a promulgué plusieurs décrets, comme par exemple la non-taxation des entreprises vertueuses pendant 5 ans, le temps pour elles de se lancer ou d’effectuer leur transition écologique. Certaines entreprises sont devenues en peu de temps des fleurons de cette nouvelle économie et la représentation concrète du changement des mentalités de notre société.

Par exemple, Vinted est devenu le numéro 1 du prêt à porter. Ils ont maintenant pignon sur rue, ils récoltent nos vieux vêtements, et soit les remettent au goût du jour, soit s’en servent pour en créer de nouveaux. Une vraie économie circulaire autour de l’habillement, qui semble-t-il impacterait directement l’industrie du coton.

Ou encore l’exemple de Leroy Merlin, qui est devenu le N°1 mondial du bricolage, avec l’explosion de l’usage de leur plateforme de mise en relation entre les makers, bricoleurs et les consommateurs pour apprendre à réparer ou faire réparer les petits et gros électroménagers, meubles, smartphones ou ordinateurs . Ils ont même réussi à créer une économie intelligente en s’associant à des entreprises spécialisées dans la récupération et la remise en état de pièces détachées collectées dans le monde entier. Cet écosystème détient aujourd’hui les 2/3 du marché de la seconde main. Bon, Boulanger a disparu mais la famille Mulliez reste quand même contente.

Dernier exemple : Angell, le fabricant de vélo électrique et N° 1 des transports électriques urbains en France, a présenté récemment sa nouvelle branche de service, celle de la gestion des retours de marchandises. En utilisant des parcel lockers positionnés sur les bus et métro des villes, ils sont en train d’éliminer définitivement les transporteurs en zone urbaine en rentabilisant au passage le réseau de transport collectif urbain et sans dépense énergétique supplémentaire. Ainsi, les gens n’auront plus qu’à attendre le passage d’un parcel locker à l’arrêt de bus le plus proche de chez eux pour y déposer la marchandise qu’ils souhaitent retourner.

La révolution frugale est en marche et elle n’est pas près de s’arrêter! Plusieurs débats citoyens sont actuellement en cours avec comme objectif de revoir la devise républicaine et la transformer en « Liberté, Égalité, Frugalité ». Une façon efficace de faire de la frugalité, le nouveau pilier de notre société rénovée. Et il y a d’autres courants de pensée, qui militent pour une procréation frugale et une maîtrise du développement humain sur la planète. Comme quoi on peut aussi s’inspirer des chinois !

Ce récit a été écrit et lu par Margaux. Pour lire le deuxième récit, c’est par ici : « Trois voeux pour un futur sans carbone.« 

MARGAUX
Auteur du récit
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