Aujourd’hui n’est plus hier et ne pourra être demain !

Société d'hyperconsommation : comment en sommes-nous arrivés là ? Comment changer demain ?

Margaux
Margaux

Strategist Designer

Mardi 10 août 2021, le rapport du 6e cycle d’évaluation GIEC est tombé. Pas besoin d’être un grand scientifique pour comprendre en le parcourant que notre planète est en sursis, mais comment en sommes-nous arrivés là ? Comment nous, petits humains, dont les ressources de la grande bleue nous sont indispensables, avons l’audace de l’asphyxier, de la détériorer alors que nous devrions en prendre soin comme de la prunelle de nos yeux ?

Nous avons souhaité faire la lumière sur l’un des facteurs impactant la survie de la planète, à savoir le commerce. Plaidoyer ou simples éclairages, nous souhaitons avant tout exprimer, au travers de ce texte, nos convictions fortes sur la nécessité urgente d’agir, et cela, chacun à l’échelle de ses possibilités.

Avec ce papier, nous avons tenté de retracer l’histoire du commerce bercé par la mondialisation et l’hyperconsommation, ses impacts sur la société, l’environnement et l’économie, son écosystème réglementaire qui petit à petit impose normes et lois pour l’encadrer et le raisonner. Enfin, nous ferons le point sur notre société actuelle, ses paradigmes et définirons ce vers quoi, nous tentons « presque » tous de tendre, un commerce et une consommation plus responsables.

Chapitre 1 - Consommer la vie

Au début des années 50, le monde sort de l’effroi de la seconde guerre, la société a ce besoin vital de se reconstruire, de revivre, de retrouver un semblant de légèreté et surtout de consommer la vie.

Famille américaine en 1950

La guerre a laissé place à ce que l’on qualifiera plus tard d’État providence, un état qui soutient activement les citoyens tant sur le plan social qu’économique, un état qui porte la société pour la relever. Cette transition économique provisoire est à l’origine de profonds changements dans notre société.

En effet, l’économie se re-développe autour de la reconstruction et la modernisation de son industrie et, de facto, développe les emplois dans ce même contexte.

On passe ensuite d’une société traditionnellement rurale à une société urbaine et ouverte sur le monde : effacement des classes ouvrières et paysannes, multiplication des employés et cadres d’industrie et d’entreprise, accentuation des échanges internationaux.

Assez rapidement, l’économie repose principalement sur les capacités de production des entreprises d’un côté et celles de consommation des citoyens de l’autre. Petit à petit un nouveau paradigme voit le jour : « consommer plus, pour produire plus, pour gagner plus». Les conditions de vie s’améliorent et les revenus des salariés augmentent avec un pouvoir d’achat multiplié par 2,5 entre 1951 et 1975.

Arrive ensuite le début des années 60, qui signent la naissance de la société de consommation, société qui encourage l’acquisition et l’envie frénétique de consommer.

On observe à cette époque l’émancipation des femmes. La femme a accès à l’enseignement secondaire, elle n’est plus simple ménagère, et devient active et indépendante aux yeux de son cadre familial. Cette libération de la gent féminine rebat les cartes de la consommation, et fait émerger une nouvelle cible pour les industriels. Attirée par tout ce qui lui facilitera la vie afin de concilier travail et vie personnelle, elle participe activement à l’avènement de l’innovation industrielle et technologique, et à l’essor du secteur de l’électroménager.

Parallèlement à ces transformations, on distingue aussi une croissance exponentielle des échanges internationaux relatifs à la mondialisation. Ces échanges sont décuplés entre 1950 et 1980 et connaissent une véritable accélération entre 1980 et 2010 en étant multipliés par 35 au cours de la période. Le commerce international joue donc lui aussi un rôle important dans l’évolution de l’économie et de la société, à savoir quelques impacts phares ci-après :

  • Les entreprises se spécialisent, s’ouvrent à de plus grands marchés et donc augmentent leur capacité d’investissement financiers dans la R&D, l’innovation et à partir des années 90, on observe la production de masse qui se délocalise,
  • De nombreux emplois se créent pour assurer la croissance des entreprises, maintenir la productivité et permettre les échanges internationaux,
  • Le pouvoir d’achat augmente sur l’ensemble de la période d’abord par une augmentation forte des salaires jusque dans les années 90, puis par la réduction des prix à la consommation permise par la vente de plus gros volumes aux quatre coins du monde et par la délocalisation dans les pays à bas coûts,
  • Enfin, les produits manufacturés se démocratisent et se déploient plus rapidement chez les consommateurs car plus abordables et performants grâce à un ensemble d’avancées technologiques provenant de plusieurs industries.

De ce tout, invitant les entreprises à imaginer de nouvelles manières de vendre en masse, est alors nées une publicité puissante avec notamment l’essor de la télévision pour inciter à l’achat, et les hypermarchés pour rassembler les produits en un même lieu et permettre la vente en gros et à petit prix.

Ces changements prennent de l’ampleur entre les années 60 et 90, la société se consolide autour de l’hyperconsommation, elle consomme et produit bien au-delà de son besoin.

La consommation devient un acte de reconnaissance au sein des classes sociales. On se construit en imitant, les classes moyennes consomment à l’envie de manière compulsive et irréfléchie, elles recherchent dorénavant le luxe et le plaisir, avant le besoin et la nécessité. C’est d’ailleurs à cette période que les congés payés augmentent et que se développe l’industrie de masse des loisirs, de la culture et du tourisme.

Les entreprises surfent donc sur cette vague, le marketing publicitaire se développe lui aussi à outrance et l’obsolescence programmée depuis longtemps pratiquée devient courante dès les années 60 car considérée comme nécessaire à la pérennité de la production. On citera d’ailleurs Brooks Stevens, designer industriel qui a dit au début des années 50 : « il faut inculquer à l’acheteur le désir de posséder quelque chose d’un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire ».

Le consommateur devient donc la pierre angulaire pour la stabilité et le maintien de cette économie consumériste. Il faut produire ce qu’il souhaite et faire en sorte de générer chez lui l’envie de consommer toujours plus. En 1961, le ministre de l’agriculture Edgard Pisani avait même dit : « Si demain le lait doit être rouge pour être vendu, ou les pommes carrées, alors il faudra se plier à la volonté des consommateurs. ».

Pomme carrée

Des années 90 à aujourd’hui, la place du consommateur n’est plus à démontrer, tous les produits et services sont le fruit de sa volonté supposée et s’adaptent en fonction de ses contraintes, voici quelques exemples :

  • le consommateur ne souhaite plus aller en grande surface, les grandes surfaces inventent le drive,
  • il n’a plus le temps de faire ses courses, les sites e-commerces voient le jour,
  • il souhaite le bon produit, tout de suite et au bon endroit, on crée le quick commerce

Le consommateur est devenu exigeant et inflexible, ne laissant rien passer, il maîtrise toutes les clés de l’offre qui lui est proposée et sait dorénavant mieux que les marques elles-mêmes où trouver mieux, moins cher et plus vite.

Les industriels et distributeurs doivent donc sans cesse se repenser et innover pour assurer leur pérennité : tirer les prix au plus bas, délocaliser pour produire à prix réduit, et dans des conditions de travail peu vantées, développer des formats de vente incongrus et peu écologiques (ex. des courgettes pelées et coupées en barquette), développer de nouveaux services qui reposent sur l’exploitation d’humains au service d’autres humains (ex. Uber, Deliveroo) ou encore imaginer des stratégies qui reposent sur les effets de mode (ex. Lidl ou RATP qui créent des baskets ou vêtements à leur effigie).

Au fil des 70 dernières années, notre société est donc entrée dans un processus sans fin de surenchère, en basant son économie sur des principes complexes à limiter aujourd’hui au risque de la voir s’effondrer, et en la construisant sur des concepts cognitifs émotionnels (hédonisme, envie, reconnaissance, appartenance) qui a rendu chacun de nous addict à son fonctionnement.

Chapitre 2 - Prise de conscience

Aujourd’hui, en 2021, nous faisons enfin état d’une prise de conscience collective des impacts de notre système si bien rodé sur la planète et nos comportements.

Après beaucoup de lectures, il est difficile d’incriminer qui que ce soit. Chaque génération a du mal à reconnaître sa part de culpabilité, même si toutes ont participé activement aux dérèglements d’aujourd’hui.

Mais nous avons aussi compris une chose. C’est que finalement les maux d’aujourd’hui sont en partie le résultat des solutions d’hier qui ont permis à nos arrière-grands-parents et nos grands-parents de se remettre d’une période dont nous ne pourrons jamais vraiment appréhender l’horreur. Mais ce n’est qu’en partie, car tout ne peut être lié à cette volonté de d’en sortir.

Les maux que nous connaissons sont aussi le résultat de la nature profonde de l’Homme, ce mammifère doté d’une intelligence supérieure, mais qui est avant tout un mammifère qui a besoin de dominer son adversaire, de tirer profit d’une situation pour protéger son territoire, de maîtriser les tenants et les aboutissants pour survivre dans un milieu hostile et qui développe des stratagèmes pour maintenir ses acquis quoiqu’il lui en coûte. Oui, c’est peu sympathique comme image, mais c’est aussi celle que nous renvoie le miroir de notre système bien rodé.

Faire l’apologie de l’ensemble des risques que nous encourrons, ou des impacts que nous générons sur notre environnement serait simplement vous réexpliquer ce qu’une grande partie des scientifiques et experts du sujet vous répètent à longueur de journée : dérèglements climatiques, empreinte carbone, empreinte eau, empreinte matériaux, élevage de masse, acidité des océans, contournement des droits humains, pollution plastique et atmosphérique, épuisement des matériaux rares, crise sanitaire, … Peu instructif donc, car nous ne sommes pas suffisamment qualifiés pour vous en parler mieux qu’eux !

Voyons plutôt comment notre société s’organise pour combattre les maux générés par l’hyperconsommation et donc le commerce de masse.

Avant de continuer la lecture de cet article, prenons une minute de réflexion individuelle sur les 3 questions suivantes :

  • Dans ma manière de consommer et de vivre, y a-t-il des usages, services ou produits que je qualifierais de superflu ou de totalement incongru ?
  • Lorsque je consomme quelque chose (produit ou service), ai-je le réflexe de me demander si j’en ai vraiment besoin, et ce qu’il m’arrivera si je ne l’achète pas ?
  • Enfin, dans un contexte plus professionnel, l’organisation dans laquelle je me trouve me permet-elle et m’autorise-t-elle à remettre en question des choix stratégiques pour des raisons d’impacts occasionnés sur la société ou l’environnement ?

Cette prise de recul est essentielle pour que tout un chacun, individus et entreprises, prenions conscience des gestes et changements que nous pouvons facilement activer.

Hyperconsommation - magasin de chaussure

Évidemment, nous ne sommes pas les seuls à y réfléchir ! La nature humaine est telle que le changement est souvent synonyme de contraintes, et qui dit contraintes, dit résistance individuelle et collective au changement.

Comment donc changer le système ?

Et bien, inévitablement en imposant de nouvelles normes et en réglementant nos comportements, notre consommation et notre production. Les gouvernements ne le font pas encore mais pourraient n’avoir d’autres choix que de nous imposer plus de sobriété dans nos modes de vie d’ici peu de temps.

On définit la sobriété comme une notion regroupant un certain nombre de démarches comme la frugalité, la simplicité, le zéro-gaspillage, l’efficacité, la sobriété énergétique, ou encore la dé-consommation. Selon le rapport final de l’ADEME en 2019, Panorama sur la notion de sobriété, « le dénominateur commun de ces diverses approches est la recherche de modération dans la production et la consommation de produits, de matières, ou d’énergie ».

Vous nous voyez venir non ?

Qui dit modération, dit système modérateur, et ces 10 dernières années, nombre de modérateurs ont vu le jour.

Les trois plus connus, le projet de loi consommation lancé en 2013, la loi anti-gaspillage et relative à l’économie circulaire adoptée le 19 décembre 2019 et la petite dernière, la loi climat et résilience adoptée au parlement le 20 juillet 2021.

Si l’on se penche sur la partie commerce qui nous concerne dans cet article, qu’est-ce que ces lois impliquent :

  • Pour les produits manufacturés, le projet de loi consommation impose notamment, l’allongement de la garantie de 6 mois à 2 ans, demande au fabricant d’informer le vendeur de la date jusqu’à laquelle les pièces détachées des produits seront disponibles et au vendeur de rendre cette information visible sur les points de vente.

    Tiens donc ne serait-ce pas là, l’un des modérateurs de l’obsolescence programmée ? On parle maintenant de réparabilité et de durabilité, l’objectif étant bien sûr de retarder au maximum le remplacement des produits manufacturés dans nos quotidiens et d’abandonner petit à petit notre comportement d’achat/abandon largement développé.

  • La loi relative à l’anti-gaspillage pour une économie circulaire, doit quant à elle, réguler notre production et notre consommation en limitant la génération de déchets, pour préserver les ressources naturelles, la biodiversité et améliorer le climat. Elle est un bon début pour informer les consommateurs et responsabiliser les producteurs. En effet, par décrets successifs appliqués sur 4 périodes différentes entre 2020 et 2040, elle devrait imposer de nombreux changements à nos modes de consommation, comme :
    • La fin de la mise sur le marché des plastiques à usage uniques (coton tiges, pailles, couverts en plastique),
    • Le déploiement de dispositif vrac en obligeant les distributeurs à accepter les contenants apportés par les consommateurs,
    • L’interdiction de la vaisselle jetable dans les fast food pour les repas servis sur place, etc..).

Cependant beaucoup la critiquent la considérant comme peu contraignante, et trop orientée recommandations pour espérer enclencher une réelle transition écologique. Ils déplorent notamment le rejet de mesures concrètes par l’Assemblée pour la mise en application de quotas contraignants l’utilisation d’emballages pour les entreprises.

Autre point, il faut avoir la capacité de lire la loi entre les lignes pour comprendre les vraies interdictions. L’association Zéro Waste France s’y est attelée, et a notamment mis en avant l’exemple des sacs jetables : « Les sacs plastiques jetables sont interdits en France depuis 2017, mais ils restent autorisés au-delà d’une épaisseur de 50 microns car ils sont alors considérés comme réutilisables (bien que très souvent jetés après une seule utilisation). De même, les sacs en bioplastiques, compostables et composés partiellement de matières biosourcées bénéficient d’une exemption à l’interdiction. ». Un exemple parmi d’autres qui permet aux distributeurs et industriels de limiter l’effort.

Déconsommation et commerce responsable

Parlons maintenant de la toute dernière sortie, la loi climat et résilience. Elle doit ancrer l’écologie dans notre société, et cela à tous points de vue (éducation, consommation, urbanisme, etc..). Celle-ci se décline en 15 mesures phares. Si l’on se penche sur notre sujet du commerce, voici les quelques mesures que l’on peut retenir : La création d’une « étiquette environnementale » pour afficher l’impact, notamment sur le climat, des produits que nous consommons, l’atteinte de plus de vente en vrac avec 20% de surfaces consacrées dans les grandes et moyennes surfaces d’ici 2030 (ndlr : les fruits et légumes sont inclus dans les 20%, un effort modéré donc pour beaucoup de magasin), l’expérimentation du « oui pub » pour limiter la diffusion de prospectus dans nos boites aux lettres et l’interdiction d’implanter de nouveaux centres commerciaux sur les sols naturels et agricoles.

Certaines de ces mesures vont dans un premier temps faire l’objet d’expérimentations dans quelques régions avant d’être déployées à l’ensemble du territoire. La loi va être mise en place petit à petit entre aujourd’hui et 2034, pour permettre à chacun de prendre les dispositions nécessaires à son bon fonctionnement. Enfin, il est important de souligner que pour la première fois des citoyens ont été directement impliqués dans la préparation de cette loi.

Notre système tente donc de se remodeler et de s’adapter à cette prise de conscience écologique. L’effort est lancé, mais on ressent bien cette nécessité d’adresser la problématique pas à pas, l’action est encore timide.

Scientifiquement, il faudrait à contrario une opération « coup de poing », plus drastique, sans contournement possible et applicable le plus rapidement possible.

Socialement, on observe une attente importante des citoyens vis-à-vis du gouvernement et des industriels. Selon le rapport Food Vision 2021 fait par le cabinet de conseil Protéine XTC, 57% des consommateurs souhaiteraient sortir de la croissance infinie.

Enfin, économiquement, on comprend bien que tendre vers un modèle qui implique moins de production et moins de consommation, est une marche plus haute et plus complexe à passer car elle remet l’ensemble de nos paradigmes en cause.

Chapitre 3 - Vers une nouvelle ère de la consommation

Si la réforme complète de notre économie consumériste ne semble pas être la réponse la plus appropriée aujourd’hui, il convient de réfléchir davantage à un modèle transitoire qui serve à la fois le ralentissement de la consommation, la pérennité des entreprises et qui soit respectueux des enjeux de développement durables.

Pas de Plan(ète) B !

Aujourd’hui, on observe un changement de nos paradigmes de consommation, selon un article rédigé par Philippe Moati – « Société d’hyperconsommation : promesses non tenues », Revue Projet, 2017/3 (N° 358), p. 82-87 – « un Français sur deux dit vouloir consommer mieux et un quart de cette moitié est prêt à consommer moins pour consommer mieux ». Même si cela n’est pas suffisant pour engager une transition énergétique et « dé-consumériste », on constate que les consommateurs désirent un changement et attendent des entreprises qu’elles leurs proposent de nouvelles manières de consommer, et finalement de ralentir leur consommation des ressources planétaires (ex. seconde main).

Dans son article, Philippe Moati fait aussi le constat que l’hyperconsommation ne satisfait plus seulement les besoins de base, mais fait l’apologie des choses superflues relatives au confort, avec un système bien rodé, le marketing, qui attise le désir d’acquérir toutes ces choses.

Enfin, il pointe du doigt l’hyperconsommation comme concept nous séparant les uns des autres, et le marketing comme moyen de nous désolidariser et d’encourager l’individualisation et l’hyper segmentation. Il cite d’ailleurs cet exemple très parlant qui donne à réfléchir : « Paradoxalement, elle [l’hyperconsommation] nous rapprochait à l’époque de la consommation de masse : on ne regardait qu’une seule chaîne, on avait tous une deux-chevaux, une 4L ou une R16… […]. Quand, hier, l’hypermarché rassemblait toute la population, une partie préfère désormais se rendre chez Monoprix ou Naturalia, une chez Lidl ou Aldi : la rencontre devient difficile même dans le monde de la consommation. Prenez l’exemple de la télévision. Quand j’étais adolescent, il n’y avait que deux ou trois chaînes, on pouvait reparler du programme que l’on avait vu le mardi soir. Le vendredi soir, il n’y avait pas de film, seulement l’émission « Apostrophe ». […] Aujourd’hui, on ne peut pas tomber par inadvertance sur « La Grande Librairie ». On zappe, jusqu’à trouver ce qui nous cantonne à notre univers et nous enferme dans une micro-culture. Le résultat ? Une société qui n’est plus qu’une juxtaposition de groupes sociaux, qui tendent à s’ignorer les uns les autres. ».

Son constat est fort et interroge. La consommation telle qu’on la connait aujourd’hui ne tient donc plus les promesses faites hier, savoir réunir et redonner du sens à la vie d’après-guerre.

Se pose alors la question d’un modèle de consommation qui saurait concilier les aspirations des consommateurs « citoyens », la pérennité des entreprises, le développement durable, mais aussi qui impacterait positivement notre société et nos relations humaines.

Le commerce, que l’on qualifie de responsable, nous semble être l’un des axes d’évolution possible.

On appelle commerce responsable, un commerce qui se veut à la fois éthique (bénéfique à la société et à la santé de chacun), durable (bénéfique à l’environnement) et viable (bénéfique à l’économie).

Youmatter – mouvement et média éclaireur sur les enjeux de la transformation de notre monde – nous donne une définition de la consommation responsable plus large, car elle, se trouve directement liée à la responsabilité du consommateur. Cette responsabilité étant subjective et dépendante des convictions de chacun.

Notre consommation peut ainsi avoir un impact écologique, social, économique ou encore avoir un impact sur notre qualité de vie.

Le consommateur porte donc une part de responsabilité dans les choix qu’il fait. Mais pour faire des choix éclairés, il doit disposer de l’ensemble des clés de compréhension des produits qui lui sont proposés (ex. le nutriscore). Il doit pouvoir consommer en toute conscience, comprendre l’impact de sa consommation et faire le choix du ou des impacts qu’il privilégiera en consommant.

Producteur local de fromages en circuit court

Enfin, lorsque l’on se penche sur les aspirations profondes de notre société décrites par P. Moati dans son podcast sur « quelles utopies résonnent chez les Français ? » publié en octobre 2019, on découvre les nouveaux paradigmes de consommation suivants : le ralentissement, le « consommer moins mais mieux », la mutualisation et le partage, et l’envie de faire soi-même (cela même en prenant sur son temps personnel).

Les entreprises vont en effet devoir imaginer de nouveau modèles économiques plus respectueux des enjeux écologiques et humains.

Pour s’engager dans cette transition, les entreprises vont être amenées en effet à :

  • Re-concevoir leurs produits à trop fort impact écologique et adapter leurs volumes de production à la consommation réelle. La marque de vêtements Asphalte, par exemple, ne produit des vêtements qu’à la demande de ses consommateurs via des enquêtes, et ne les produits qu’à la commande, limitant ainsi son stock. L’acte d’achat devient réfléchi pour le consommateur, le consommateur devient concerné car acteur de ce que produit la marque, et de fait il accepte des délais de livraison plus importants pour recevoir le produit convoité.
  • Diversifier leur chiffre d’affaire et leur marge autour d’offres adaptées à notre temps et nos contraintes environnementales ou sociétales. L’entreprise ne devant pas disparaître pour la transition mais muter avec elle. Pour certain il s’agit de capitaliser sur la mise en place de nouveaux services , comme l’offre « Veiller sur mes parents » proposée par La Poste. Pour d’autres, il s’agit d’imaginer de nouveaux modèles de vente qui s’appuient sur le principe de l’économie de la fonctionnalité. Par exemple, la ville de Paris a lancé il y a quelques temps les abonnements Vélib’ qui impactent la norme sociale de la « possession » et incite à la durabilité du matériel ou encore Fnac Darty qui a mis en place son abonnement Darty Max, qui permet à l’utilisateur de bénéficier d’une réparation (avec court délais d’intervention) pour l’ensemble de son parc électroménager, que le produit soit sous garantie ou pas et qu’il ait été acheté chez Darty ou non.
  • Redéfinir un commerce qui réunit, plutôt qu’un commerce qui isole pour renforcer le partage au sein de notre société et casser les micro-cultures qui nous définissent aujourd’hui. Ici plein de possibilités s’offrent aux marques, par exemple le retour à la mono-référence ou l’hyperspécialisation, la chaîne alimentaire « les saisonniers » a fait le pari de ne vendre que les produits de la région où les magasins sont implantés, ou encore la mise en place d’une politique d’inclusion au sein des magasins comme l’ont fait Intermarché et Leclerc avec leur heures calmes sans musique pour les personnes sensibles au monde et au bruit et d’autres exemples qui invitent au partage et à la cohésion dans notre société.
  • Accompagner les consommateurs dans la recherche de sens en leurs proposant des clés de lecture les menant vers la consommation et l’achat conscients. Un nouveau système d’évaluation des produits basés sur des critères précis relatifs à la notion du responsable pourraient être mis en place pour éclairer les consommateurs lors de leurs achats. Ce même système rendrait l’analyse des critères responsables qui incitent à l’achat plus facile, et permettrait aux entreprises d’être plus à même de décider d’arrêter ou de ralentir la vente de certains produits. En effet, on entend trop souvent encore : « si je n’en vends pas, ils ne viendront plus », alors imaginons et proposons des outils pour prendre des décisions éclairées.
  • Et enfin, participer à l’évolution nécessaire de nos systèmes de valeurs et de normes en remettant systématiquement en cause les méthodes human centric de conception, le consommateur ne devant plus être la seule facette de l’être humain au centre de leurs attentions ou encore il serait utile de questionner et remettre en cause systématiquement les besoins et envies identifiés lors des phases de recherche.

Autant de leviers que l’on peut qualifier d’opportunités et d’axe de changement pour chacune d’entres elles.

Conclusion

En écrivant la fin de cet article, nous avons le sentiment que rien n’est perdu, que les choses bougent. Certes, pas assez pour certains et déjà trop vite pour d’autres.

S’il y a bien une chose propre à l’Homme, c’est sa capacité d’adaptation, nous ne pouvons que valider en repensant à ce que l’on a vécu en 2020.

Cependant, il nous faut tous maintenir ce cap vers une transition qui nous permettra de voir un avenir plus clair et radieux pour les générations à venir.

Le consommateur comme les « producteurs » doivent adopter de nouveaux comportements et aller dans le même sens, ensemble.

Enfant en train de recycler

Quant à l’État, il va devoir accompagner l’accélération de cette transition en étant plus drastique dans les lois mises en place. Il nous faudra d’ailleurs accepter ces nouvelles lois et probables contraintes pout tendre vers ce modèle plus vertueux tant convoité.

Enfin, comme le dit Philippe Bihoux dans une interview du Kaizen « Numérique Responsable » de 2021, l’État « […] peut également agir en soutenant certaines innovations et projets pilotes. Plutôt que d’apporter son aide à des start-ups dont la principale ambition est de devenir des licornes mondiales, […] », il doit donc être prescripteur et exemplaire vis-à-vis de ses citoyens et entreprises.

Nous espérons que ce papier vous a éclairé sur l’histoire du commerce et ses nouveaux enjeux actuels. Que nous vous avons aidé à initier ou poursuivre vos réflexions vis-à-vis de votre transition. En tant qu’entreprise, nous avons un rôle à jouer, et nous, Suricats, tenterons de vous aider à prendre conscience du chemin à parcourir peut-être complexe, mais nécessaire pour y arriver.

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